« Il y a donc bien un écart significatif entre ce que l’on croit être la mesure de la richesse d’une société à travers le PIB et ce que nous signalent les indicateurs sanitaires, écologiques et sociaux. […]
Il est donc important de vérifier que les fondamentaux économiques n’entrent pas en contradiction avec ce qui conditionne la possibilité même de l’existence de l’économie : la présence d’êtres humains dans une biosphère et sur une planète vivable. Il s’agit de fondamentaux écologiques et anthropologiques dont la préservation devrait l’emporter sur les fondamentaux économiques. […]
La nécessité de compter autrement ne doit cependant pas conduire à aggraver encore l’obsession de la mesure, qui constitue une pathologie dangereuse des sociétés de marché. Le droit à ne pas tout compter est donc aussi nécessaire. Il est des évidences qualitatives qui n’ont pas besoin de chiffres - et moins encore de chiffres monétaires – pour se manifester : il n’y a nul besoin de calculs sur les avantages comparés du crime et du respect de la loi quant à la préservation du lien social, sur la comparaison entre les avantages respectifs de la santé ou de la maladie, du bien-être ou de la dépression, de la destruction de l’air et de l’eau ou de leur préservation, etc.
Pourtant, si l’on aborde le domaine du chiffrage, et singulièrement celui du chiffrage monétaire, c’est très souvent à une inversion de ces évidences qualitatives que l’on aboutit. Les réparations financièrement lourdes issues des destructions et des accidents produisent infiniment plus de flux monétaires que les réparations légères ou la prévention. »








