Action collective et coopération

« L’action collective est une action commune ayant pour but d’atteindre des fins partagées. Telle qu’on l’entendra ici, l’action collective ne recouvrira pas toutes les formes d’« action organisée » auxquelles la sociologie des organisations s’intéresse lorsqu’elle prend pour objet « les modes d’intégration qui assurent la nécessaire coopération entre acteurs » […].

Si le thème de la coopération est le point nodal de toute réflexion sur l’action collective, force est de constater que cette coopération et cette coordination peuvent s’inscrire dans des cadres organisationnels extrêmement différents. Ce n’est pas la quête d’une meilleure distribution des tâches entre ouvriers au sein d’une entreprise, ni la quête d’une meilleure efficacité fonctionnelle de l’organisation bureaucratique qui nous intéresse ici, mais la logique qui conduit des individus à s’unir en vue de promouvoir ou de défendre un nouvel ordre de vie ». p. 7-8.

« Si effectivement les individus se déterminent en fonction des coûts et des avantages liés aux conséquences de leur action, il faut savoir que ces coûts et ces avantages dépendent de la façon dont les intéressés perçoivent l’enjeu de l’action. Ce n’est donc pas la réalité objective qui contraint ou facilite l’entrée dans l’action collective ; c’est la représentation que les individus se forgent de cette réalité et le sens que ceux-ci confèrent à leur environnement ainsi qu’aux comportements des autres – amis ou ennemis. Cette façon d’aborder le problème de l’action collective montre qu’il est indispensable de prendre en compte à la fois le jeu des acteurs et la nature des liens sociaux qui unissent les individus à leur groupe et à leur environnement. […]

Il importe enfin de tenir compte de la dimension temporelle, de façon à voir si certaines modifications de l’environnement, à la suite d’un échange de coups tactiques ou à la suite de l’entrée d’autres groupes dans le conflit, provoquent, chez les membres de la collectivité de référence, une modification de l’échelle de perception des coûts et des avantages associés à une participation à l’action collective. » p. 149-151

MANN Patrice, (1991), L’Action collective : mobilisation et organisation des minorités actives, Armand Colin, Paris.
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