Quelles opportunités de développement pour le commerce équitable ?
Qu’il s’agisse des filières intégrées ou des filières labellisées, le commerce équitable a connu un fort développement qui cache parfois les dangers qui le menace. Que faire ?Avant tout, donner l’exemple d’une volonté de mutualiser nos savoirs et nos moyens au service des mêmes petits producteurs, dans le respect de nos différences. Nous pouvons profiter pour cela d’un même ensemble d’opportunités :


- une part croissante du commerce équitable sur les grands marchés de produits alimentaires où avec le temps il acquiert sa notoriété : les "grandes" marques et les distributeurs doivent alors prendre en compte ces "petits" qui pointent leur nez ;
- les capacités d’amélioration de nos systèmes de commerce équitable dans un environnement en profonde mutation ce qui exige des bilans (rien n’est parfait aujourd’hui !) et des investissements en recherche et développement ;
- une évolution des valeurs d’une "société de consommateurs" qui se diversifie en groupes d’attentes différentes, qui pour une part adhérent aux valeurs sur lesquelles repose le commerce équitable et en soutiennent le développement (c’est en particulier le cas de jeunes) ;
- des groupes de consommateurs qui commencent à prioriser le qualitatif (de leur alimentation, des modes de vie et de travail, des nouvelles richesses…) par rapport au quantitatif (le grand, le gros, le gras, l’accumulation de richesses…) ;
- une sensibilité croissante du grand public aux in-équités qui se manifestent spécifiquement dans notre domaine ;
- un besoin corrélatif d’équité que rejoint dans ses principes le commerce équitable et auquel ses acteurs participent dans la réalité ;
- une demande croissante d’organisations de producteurs au Sud de s’inscrire pour une partie significative de leur production dans ce commerce ;
- l’existence d’alliés objectifs au Nord dans des mouvements ouvriers menacés par un commerce international dérégulé et par des mouvements paysans qui se vivent comme solidaires de ces petits agriculteurs défavorisés sous la menace des grandes multinationales de ce secteur.

Pour ce qui concerne les "labellisés", l’enjeu est de maintenir les labels ou marques collectives aux chartes les plus exigeantes en commerce équitable dans un réseau de GMS pour qui ils ne représentent qu’une réponse parmi d’autres aux demandes du marché et un moyen parmi d’autres de promotion des enseignes. Ce ne peut être que l’exigence du public qui "fidélisera" les GMS à la diffusion de ces labels exigeants. L’investissement militant a toute son actualité. Les gestionnaires de labels trouveront leurs forces dans ces capacités associatives de soutien à leur action. C’est un temps de démocratie qui doit s’instaurer : la gestion technocratique en ferait des géants aux pieds d’argile. C’est parallèlement la nécessité pour ces labels d’adopter des modes de communication qui s’éloignent de ceux des marques commerciales et évitent de les banaliser.

Du côté des filières intégrées, la nécessité est de gagner en productivité ce qui est nécessaire à la rétribution de leurs fonctions. C’est une recherche qu’entreprend l’agriculture atypique et plus généralement les agriculteurs durables à la recherche de modes nouveaux de commercialisation de leurs produits. D’autres projets plus ambitieux pourraient consister à élaborer des "Centres d’activités" multifonctions - pour partie commerciaux - qui pourraient offrir à des acteurs sociaux et solidaires un regroupement et un environnement multipliant leur notoriété et attractivité.

Antoine Pillet
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