L’auto-partage : du transport solidaire ?
Entre la location de courte durée et la mutualisation d’un véhicule entre particuliers, l’auto partagée est à la croisée du transport privé individuel et du transport public collectif.

En quelques mois, le concept d’auto-partage s’est popularisé, sans doute dans le sillage du Vélov’ lyonnais et du Vélib’ parisien. En outre, la Mairie de Paris a lancé son label « autopartage » en février 2007, et envisage un système de location de voitures basé sur le même principe que le Vélib’. L’auto-partage permet de louer sur simple appel téléphonique une voiture individuelle, stationnée près de chez soi, pour une durée d’une heure à un mois. Les particuliers délaissent leur voiture pour en utiliser une, en libre-service, seulement lorsqu’ils en ont besoin. Une voiture ainsi mutualisée ferait ainsi disparaître 5 à 8 véhicules individuels sur la voirie. Ce système permet aussi l’accès à un véhicule à ceux qui ne peuvent pas financer un tel achat et les frais inhérents à une voiture. En ce sens, l’auto-partage semble pouvoir limiter les inégalités d’accès au véhicule individuel. Mais les entreprises proposant ce service n’ont pas toutes cet objectif en vue.

Une station Caisse Commune à Paris.

En France, l’un des pionniers de l’auto-partage, Caisse Commune, a été créé à Paris en 1998 sous la forme associative, avant de devenir l’année suivante une SARL. Un droit d’entrée définitif est demandé aux utilisateurs, qui payent ensuite un abonnement puis la location à la durée et au kilométrage.

Dans la capitale, deux autres entreprises sont apparues en 2007. Mobizen propose une flotte de Mercedes classe A avec une offre à destination des classes moyennes à 9 euros de l’heure sans abonnement et tout compris (kilométrage, essence). Okigo, joint-venture créée par le loueur Avis et les parkings Vinci, mise opportunément sur la force des deux leaders dans leur domaine. La société propose un abonnement mensuel puis un tarif selon la durée et le nombre de kilomètres parcourus. Caisse Commune, Mobizen et Okigo ont obtenu le label « autopartage », gage de qualité, qui devrait leur permettre de proposer des véhicules sur des places de stationnement réservées sur la voirie.

Service collectif ou privé ?

Les créateurs de Caisse Commune s’étaient mobilisés face à la pollution automobile et parce que la voiture ne correspondait pas à leur mode de vie. Des premiers adhérents, convaincus voire militants, aux plus récents de Mobizen ou Okigo, les utilisateurs de l’auto-partage sont de plus en plus de simples clients à la recherche d’un service pratique et performant, répondant à leurs attentes.

L’auto-partage permet de modifier sa façon de se déplacer sans changer de moyen de transport, en abandonnant sa voiture personnelle sans pour autant délaisser totalement la voiture. Ce système met en évidence les coûts et les contraintes que représente un véhicule individuel, en provoquant une utilisation plus rationnelle de la voiture, et permet donc d’envisager d’autres façons de se déplacer. Une alternative donc à l’économie du « tout bagnole », qui n’est néanmoins pas complètement radicale. En ville, faire l’hypothèse d’abandonner son véhicule personnel suppose un solide réseau de transports collectifs, avant même le développement de l’auto partagée. D’autant que celle-ci est complémentaire des transports publics parfois nécessaires pour rejoindre une station d’auto-partage. Cette intermodalité doit être développée avec l’aide des pouvoirs publics, dans le cadre d’une réflexion sur la mobilité urbaine. Une aide, notamment financière, d’autant plus nécessaire lors du lancement d’un service d’auto-partage. Les Etats ou collectivités locales apportent une légitimité, permettent d’accélérer la mise en place de ces services coûteux, et assurent une coordination avec les transports publics. D’ailleurs, l’Union internationale des transports publics (UITP) organise des réflexions et un forum sur le sujet. Pour une collectivité, l’auto-partage permet une meilleure utilisation de l’espace public, une réduction de la pollution et de la consommation d’énergie. Ce système peut parfois être considéré comme un service public local et être aidé. Entre financement privé et subventions publiques, l’hybridation des ressources caractérise le secteur de l’auto-partage.

Zones rurales et solidarités

De nombreuses initiatives ont vu le jour dans plusieurs villes françaises : Lyon, Marseille, Strasbourg, Bordeaux, Grenoble, Montpellier... Un réseau indépendant coopératif, France-AutoPartage, regroupe huit opérateurs locaux d’auto-partage qui mutualisent leurs expériences, leur fonctionnement et leurs investissements. C’est sans doute l’initiative la plus solidaire en matière d’auto-partage.

En milieu rural, l’auto partagée n’est pas très en vogue. Cette activité semble plus rentable dans des zones denses en population, et plus légitime en synergie avec les transports publics. Pourtant, elle est une solution aux problèmes de mobilité géographique, sociale et professionnelle que rencontrent certaines populations des zones rurales. La Suisse et le Royaume-Uni sont de ce point de vue en avance sur la France, où certaines initiatives locales se développent néanmoins, comme Ardèche Transport Insertion. Cette dernière propose une combinaison de l’auto-partage et du covoiturage, puisqu’un véhicule doit être utilisé par au moins trois passagers sur un même parcours. L’auto-partage peut pallier le manque de transports collectifs. En zone rurale, ne pas posséder de voiture personnelle peut en effet aggraver les situations d’exclusion.

Le transport solidaire

Le véhicule partagé est aussi une opportunité pour des ménages défavorisés d’accéder à l’automobile. Mais l’auto-partage s’adresse à des utilisateurs très différents selon ses conditions financières et ses zones d’implantation des stations : chefs de petites entreprises, hommes d’affaires, familles, célibataires... Sur Paris, les trois sociétés présentes ont, de ce point de vue, trois démarches différentes. Les véhicules ne sont souvent pas en multipropriété, mais restent la propriété de la société d’auto-partage, comme un loueur traditionnel. De plus, ce système n’est pas adapté aux déplacements du foyer au lieu de travail, car la location s’effectue à l’heure et le véhicule doit être rendu à l’endroit où il était garé.

Afin de faciliter l’accès à l’emploi, l’association Papa Charlie, créée avec Aéroports de Paris, propose à des personnes en difficultés économiques de leur louer un véhicule à bas prix. Ce service s’adresse surtout à des personnes dont les horaires de travail ne leur permettent pas d’utiliser les transports collectifs. Une alternative à la voiture individuelle ou mise en commun.

L’auto-partage en tant que décision individuelle, motivée par des raisons pratiques et financières, induit une organisation collective des déplacements mais n’est pas en soi un moyen de transport solidaire. Cependant, l’auto-partage permet l’accès d’un plus grand nombre à une voiture et développe des valeurs telles que le partage, la mutualisation et la préservation de l’environnement.

Enregistrer au format PDF envoyer l'article par mail title= Version imprimable de cet article


| Suivre la vie du site RSS 2.0 | Plan du site | Contactez-nous | Espace privé | SPIP | squelette | Mentions légales | | DRTEFP IDF | | Firefox 2