Or, lorsque nous cherchons ce mot dans le dictionnaire, y compris dans les éditions les plus récentes, voici qu’il n’existe pas ! Nous sommes renvoyés à des notions appartenant au même champ sémantique, à savoir « mutualiser », « mutuel », « mutualisme » et « mutualité ». Ces mots introduisent toutefois un certain nombre de notions clés : la répartition des frais ou des risques, la mise en commun, la réciprocité, la symbiose, l’échange d’actions et de réactions.
Dans le catalogue d’une chaîne de librairies très connue, aucun des titres ne reprend les mots « mutualisation » et « mutualiser ». Et pourtant, sur Internet, nous succombons sous le flot des réponses, qui touchent tous les domaines d’activité : la police, l’art, la pédagogie, l’économie solidaire, le netmarketing, l’emploi, le développement informatique, la décentralisation, la propriété intellectuelle, les universités, les espaces publics multimédia, l’industrie automobile… et bien d’autres encore.
Paradoxe ? A l’aune de ces données et de notre propre expérience, il semblerait que la mutualisation se développe entre deux extrêmes : soit en tant que solution de secours imposée par l’ajustement structurel et l’injonction de réduction des coûts ; soit en tant qu’affaire de conviction et de convaincus des projets collectifs et des finalités partagées. Certains sont ainsi poussés à s’asseoir à table ensemble et y arrivent à reculons, tandis que d’autres se basent sur des histoires communes, des liens et des utopies, pour approcher leurs chaises et bâtir l’avenir.
Ceci exprime bien à quel point chaque cas de mutualisation est une combinatoire de facettes et de facteurs particuliers, qu’il conviendra toujours d’analyser pour mieux s’organiser :
l’objet ou ressource échangé ou partagé (du bassement matériel au hautement spirituel !) ;
la situation en amont ou en aval du processus de production (on est ensemble soit pour produire du nouveau, soit pour partager ce que l’on a déjà ) ;
la motivation de l’échange, les coûts, avantages, intérêts et enjeux afférents ;
les valeurs ou facteurs de cohésion ;
le système d’organisation de l’échange (et la répartition des rôles qu’il induit) ;
le passé de chaque groupe ;
la valeur accordée aux objets échangés ou partagés et la philosophie de redistribution qui préside, etc. ;
la durée.
Notre association, qui porte en son nom l’idée de mutualisation, a participé de manière active depuis sa naissance en 1994 à toutes sortes de groupements, collectifs et réseaux se donnant des objectifs mutualistes. Nous avons également accompagné et encouragé plusieurs tentatives de mise en réseau, et nous soutenons depuis plusieurs années des actions de mutualisation de la communication.
Pour nous, mutualiser, c’est agir autrement, innover sur le terrain. Or, la mutualisation ne se décrète pas… la confiance nécessaire pour la construire non plus.
Bien souvent, les acteurs n’ont pas assez réfléchi à ce qui faisait lien entre eux (sens, identité, enjeux, profils professionnels, intérêts, ressources à partager, etc.) et ils ont perdu leur vitalité, la résolution des problèmes individuels, quotidiens et de survie prenant le dessus sur la volonté de travailler ensemble. Ainsi, nous connaissons tous des regroupements qui n’ont duré que le temps d’un financement.
Pourtant, des pratiques de mutualisation existent bel et bien. De quoi s’agit-il ? Quels en sont les acteurs ? Quelles compétences psychosociales mobilisent-elles ? Quels rôles jouent les outils collaboratifs dans leur processus, tout en rappelant que le plus bel outil ne remplacera jamais un objectif ? Comment parviennent-elles à perdurer ?
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